vendredi 31 décembre 2010

lundi 20 décembre 2010

Petits plaisirs des grands, grands plaisirs des petits

Le vieux marronnier finissait ses jours, tenant avec peine debout sur sa base rongée par les termites, et cependant les jeunes branches qui lui poussaient étaient parfaitement belles. Comme n’importe quel être humain dont le corps se dégrade et la tête bruit encore, toute pleine d’oiseaux et de chants d’espérance.

Il a fallu l’abattre, car sa ruine naturelle menaçait alentour les choses et les gens.

J’ai conservé l’une de ses branches, saine, ronde à souhait, car je voyais déjà les roues que j’y pourrais couper. Elle était encore pleine de sève, et je l’ai mise à sécher à l’ombre, avec toute son écorce, pour qu’elle ne fende pas.

Les quatre roues sont maintenant sciées, plutôt massives, car elles devront, par leur poids, entraîner le mécanisme: la scie Opinel, à élaguer, que l’on fait travailler en tirant vers soi, laisse une trace de coupe où apparaissent à peine les traits, si bien que l’on peut conserver intacte la surface, porteuse encore du souvenir de l’outil, comme on le voit sur les vieilles poutres équarries à l’herminette.

La circularité du bois est presque parfaite, et la moelle est bien centrée: vais-je laisser ainsi les roues, après en avoir pelé l’écorce et les avoir dégrossies au couteau? Il me serait facile de les arrondir parfaitement: il suffirait pour cela de planter dans la moelle une vis sans tête, bien perpendiculairement au plan, puis de serrer la vis dans le mandrin de la perceuse, de fixer l’ensemble à l’établi et de lancer l’engin. La roue s’userait ainsi en rond toute seule, sur une lime à bois tenue en main, puis sur du papier de verre : un mini tour improvisé… Petit moment de doute. A qui et à quoi suis-je en train de penser ? A ceux qui me diront que ces roues, -Quand même !, sont bien mal finies ? A ceux qui verront, dans la perfection du cercle tourné, un peu trop de froideur de machine ?

Eh bien je vais me fier à ma propre sensibilité: le cercle restera celui que la nature avait offert à l’arbre, et le petit air brinquebalant du jouet, désuet à merveille, donnera au modeste rondin une nouvelle vie, surgie de l’imaginaire d’un enfant.

Ce sont ces quatre roues, par leur diamètre et leur volume, qui donneront à l’ensemble ses proportions, donc, déjà, au châssis.

Ce châssis, il le faudra lourd, lui aussi, comme les roues, fortement attiré par la Terre, car la Terre, notre alliée, va travailler pour nous, en cette entreprise ludico-tellurique. Sans cette force d’attraction, pas de mouvement, pas de vie pour ce jouet, et pas de joie du coeur : en avons-nous assez conscience ? En avons-nous tout le respect ?

Pour le grand-père bricoleur, cela devrait être la règle : dans le chaos du désordre ordonné de son grenier aux merveilles, il y a forcément le bout de bois qu’il faut. Coupé par d’autres ou par lui, il attend, et chacun d’eux le sait. Son destin était là : être associé à ces quatre roues, seuls éléments rescapés de l’antique marronnier. C’est un tasseau de pin, bien veiné, encore tout odorant.

Il faut le prendre comme il est : un peu épais sans doute, mais on élargira plus tard les hanches du bonhomme, pour qu’il puisse le chevaucher.

Pour le moment, il convient d’en déterminer la longueur. Il faudra, d’une part, que les deux roues fixées de chaque côté ne se frottent pas entre elles et, d’autre part, il ne conviendra pas que le châssis dépasse ; des angles trop saillants, par leur agressivité, briseraient le charme du jouet. On pose les roues sur le tasseau, à distance convenable, on trace avec l’ongle un petit repère, et déjà, dans le rêve, s’anticipe le roulement du chariot.

Vite, un coup de scie sur le repère, et le châssis est prêt.

Les axes des roues devront être relativement solides : du bois peu cassant –le châtaignier est élastique et résistant et, justement, sur l’étagère, s’ennuyait une gitolle coupée jadis dans un taillis-, et d’un assez bon diamètre. Mais, qu’est-ce à dire « un assez bon diamètre » ? C’est qu’on travaille ici à la fois à l’œil pour l’esthétique et à la main pour la résistance du bois ! « D’un assez bon diamètre », cela signifie donc « ni trop gros ni trop petit » ; ainsi les choses sont plus claires, n’est-ce pas ?

Mais ce n’est pas tout ! La tentation pourrait être de réduire le diamètre de la gitolle aux dimensions voulues ; non ! Combien de débutants ai-je vu ainsi se retrouver, au bout de pénibles efforts, avec une tige constituée, pour l’essentiel d’un mince tube de bois recouvrant une fragile moelle !

Fendons la branche en quatre, arrondissons un de ces quarts de ronds, et ne travaillons pas au couteau comme avec l’herminette. Le pouce se met dessous et fait pression, la lame dessus, et la main tire une éclisse régulière d’un seul venant, sur toute la longueur du bois.

Et les trous dans le châssis ? Ah, il les faudra d’un diamètre supérieur à celui des axes, parce que le bois ça gonfle à l’humidité, et surtout, si nous voulons que nos roues, pas très rondes et de plus solidaires, touchent ensemble terre, seul un jeu important permettra leur brinquebalement ! Ah, bon ! Et supérieur comment ? C’est facile : on perce, on teste, on alèse, et enfin on colle à l’axe les roues . Encore une petite vérification ? Sur un terrain en pente bien sûr : le chariot est parti, et il n’est que de voir comment il se contorsionne, au gré capricieux de l’inégalité du sol et du voilage de ses roues !

Le tour de taille du bonhomme qui va piloter l’engin devra être au moins « raisonnable », peut-être même pas très « sportif », car son embonpoint devra être suffisant pour que ses jambes chevauchent l’ensemble, à l’extérieur des roues épaisses où seront fixés ses pieds, sur de fictives pédales. Allons, on trouvera bien un compromis !

Anticipons : le bonhomme, par un jeu subtil –et anatomiquement faux- d’articulations libres et soudées, se dandinera sur ses jambes. Pour son équilibre et surtout pour l’allègement de l’ensemble, il devra peser moins que sa taille ne le laisserait supposer. Il sera creux, le pauvre, oui, mais en canne de Provence ! La légèreté de la canne, sa couleur chaude de blé mûr, sa collerette à chacune des sections de tube, ses curieuses réactions cutanées au fer rouge : voilà ce qu’il faut pour faire un homme. Les dieux mayas avaient utilisé le maïs ; nous utiliserons la canne de Provence. A chacun son patrimoine naturel et sa fantaisie créatrice! A chacun sa façon d’être dieu.

Savez-vous couper un tube à la mode, à la mode… du bricoleur ? Rien de plus facile –pensez au vitrier- ; on incise circulairement le tube avec le couteau, puis on fait pénétrer la lame, presque sans appuyer, en la faisant aller de droite à gauche par un jeu du poignet. On prend le tube à deux mains, un coup sec sur le genou, et clac !

Pour la hauteur, pensons que le tube ne figurera que le tronc ; les jambes seront faites d’un autre bois et selon une autre technique. Et tant qu’on y est, dessinons un visage au fer rouge . Mais avec quels outils ? Ah, oui, j’oubliais ! Du fil de fer emmanché sur un tronçon de gitolle, et qui s’enfoncera tout seul dans la moelle : un gros pour les yeux, un moyen pour le nez et un autre, recourbé en demi-lune pour la bouche enfin, pourquoi pas, un tout petit pour les moustaches. Oui, ce sera une sorte d’élégant vélocipédiste moustachu fin XIXème siècle.

—Bonjour, grand-père. Ouf ; il était temps ! Il me tardait de te voir, avec ta barbe et tes lunettes !

—Tiens, tiens, tu parles, toi, maintenant ? Tu ne vas pas te prendre pour Pinocchio, tout de même !

—Non, non, ne crains rien. D’ailleurs, toi tu n’es pas Gepetto non plus.

—Certes…

—Allez, ne te fâche pas ; je disais ça pour rire. Dis donc, tu ne vas pas me laisser comme ça, le crâne ouvert ?

—Surtout que tu n’as rien dedans… !

—Un partout, grand-père ! Alors, comment vas-tu me coiffer ?

—J’étais en train d’y penser. Veux-tu un canotier ? Le canotier te donnerait bien fière allure, et il est facile à réaliser : une rondelle fine découpée dans de la boîte de camembert, pour faire un assez large bord, et une autre plus épaisse —un tronçon de gitolle—, d’un diamètre supérieur à ta tête, évidemment ; il faudra bien qu’il tienne, ton chapeau, quand tu vas te mettre à pédaler.

—Et si on essayait autre chose pour changer ? Regarde un peu tes cupules de glands « américains », elles sont larges et plates comme des bérets basques. Elles ont même le couetou qui dépasse. Ça m’irait bien, non ?

—Aucune ne te va t’aller, mon vieux ! La boîte à chapeaux du grand-père ne comporte pas d’assortiment adapté à un tel tour de tête…

—Et un casque de protection ? C’est dans le vent, tu sais ?

—Si tu le dis… Mais comment je vais faire, moi ?

—Attends, tu n’as pas quelque grosse noix, une « noix bijou », par exemple ?

—Si, justement ; tu me donnes une idée : je vais la scier par le travers, avec une scie à métaux : tu vois ça un peu ?

—Chouette ; j’aurai l’air d’un dandy déguisé en coureur.

—Ou l’inverse… Mais laisse-moi réfléchir un peu pour la suite.

L’intuition est claire : il faut que le bonhomme pédale ; jusque là c’est facile, il suffit de fixer dans les roues de petits tenons décentrés et opposés, d’une roue par rapport à l’autre. N’oublions pas que les roues sont collées à l’axe : c’est fondamental à la fois pour qu’elles ne s’échappent pas et pour que les deux tenons constituent une sorte de manivelle qui va entraîner les jambes.

Merveilleuse imagination qui verra ensuite le contraire : le bonhomme, lorsqu’il va partir sur les pentes, nous donnera l’impression de propulser lui-même le char.

—Ne raconte pas d’histoires, là. Dépêche-toi. Tu sais que je t’attends.

—Un moment, s’il te plaît ; ne t’emballe pas trop tôt ; tout n’est pas résolu ! As-tu pensé que tout ton corps doit bouger comme un vrai, et pas seulement tes jambes ?

—Alors, comment tu vas faire ?

—Tu vois, à vrai dire, je n’en sais trop rien encore. J’ai plusieurs options, mais, de toutes manières, je vais devoir te souder quelques articulations.

—Me souder des articulations ? Dis, tu n’y penses pas ?

—Et si, il faut bien que j’y pense, sinon, tu vas t’effondrer comme une chiffe!

—Eh bien, vas-y, explique.

—Alors écoute, et réfléchis bien. Tes jambes doivent à la fois pédaler et faire bouger ton corps ; j’ai deux possibilités : souder tes genoux ou tes hanches. Si les deux articulations sont libres, tu vas t’asseoir, tout simplement et tu sais bien qu’il y a mille jouets comme ça. Tu as le choix : les genoux ou les hanches. Le mouvement sera un peu différent, mais cela reviendra à peu près au même.

—Et toi, qu’est-ce que tu préfères ?

—Souder les genoux ; le mouvement sera un peu plus ample. Et il faudra élargir un peu tes hanches avec des bouts de tube de roseau, sinon ça va bloquer.

—Bon. Et comment tu vas faire pour fixer mes jambes à mon tronc et donner de l’aisance aux articulations ?

—Pour fixer tes jambes, je mettrai un axe fin, en bois bien dur –le bambou, ça te va ?-. J’enfilerai les jambes, qui auront un grand trou, les tronçons de tube, et j’arrêterai le tout par de petites rondelles de noisetier collées à chaque bout de l’axe. Et pour l’aisance du mouvement, tu vas avoir deux grands trous en ovale, juste au niveau des hanches. Tu comprends ?

—Oui, je comprends ; mais pas trop grands les trous, parce qu’ils absorberaient tout le mouvement, et mon corps ne bougerait pas guère.

—Tu as sacrément raison, le bougre ! Mais tu ne vas pas me donner de leçons, tout de même ?

—Non, non. D’ailleurs, ce n’est pas la peine que je te dise que les grands trous, il faudra les faire au niveau des bras, car c’est là que ça va se tortiller le plus. Et tu le sais.

—Exactement ! Et puisque tu parles des bras, as-tu pensé que ce sont eux qui vont soutenir tout ton corps ?

—Oh, c’est pas comme ça que ça marche en vrai !

—Bien sûr que non ; mais toi tu n’es pas « en vrai ».

—Attends, attends ! On verra bien ce que diront tes petits enfants.

—Attendons ; pour le moment, je me demande avec quoi je vais faire tes jambes. Avec quelque morceau de lattes que j’ai ramassées l’autre jour sur un chantier? Elles sont en peuplier, léger et facile à travailler. Je vais les refendre dans le sens du bois, les couper à la mesure, et il ne restera qu’à les poncer.

—Quoi, les poncer ?

—Eh bien oui, les poncer.

—Ne t’embarrasse pas de luxe, grand-père. Ça fait déjà assez longtemps comme ça que j’attends ! Me poncer les jambes ! Comme un coureur du Tour de France ! Il ne manquerait plus que la pommade…

—Si c’est toi qui le dis… Et les bras ?

—J’attends ; explique !

—On n’a pas le choix. Comme tu l’as si bien dit, ça doit tourner aisément à l’épaule, donc il faudra coller les mains au guidon. Ah, oui, j’avais oublié, il faudra un guidon, fixé à une potence qui monte du châssis.

—Dis donc, grand-père, tu ne me mettras pas une selle ?

—Si, bien sûr ; mais elle ne te servira à rien, parce que tu ne vas jamais t’asseoir.

—Et qu’est-ce que tu en sais ?

—J’en sais que le mécanisme je l’ai prévu comme ça. Après tout, à toi de voir.

—C’est ça ; on verra. Alors, c’est prêt ? Tu me lances ?

—Allons-y !

—Stop ! Stop ! Tu ne vois pas que je m’affale contre la potence ?

—Misère ; ça, je ne l’avais pas prévu !

—Du calme, grand-père, et à toi de réfléchir. Si tu mets une butée, au travers de la potence, au niveau de mon estomac, plus de problème. Je me taperai bien un peu dessus quelquefois, mais t’as vu mes abdos ?

—Là, chapeau; tu me tires sacrément d’affaire ! Et pour te récompenser, je vais prolonger la butée vers l’avant et j’y fixerai une ficelle. Ce seront les enfants qui te tireront, et tu n’auras plus à te fatiguer pour pédaler, surtout dans les côtes.

—D’accord, je veux bien, pour les côtes…, mais qu’il soit bien entendu que ça restera secret entre nous, eh ? Les enfants, eux, il n’ont pas besoin de le savoir. Promis ?

—Promis !

Existe-t-il de “petits” plaisirs qui seraient inférieurs aux “grands”? Moi, je ne le crois pas. Et le plaisir, petit ou grand, c’est un « état modifié de la conscience » qui nous rapproche des dieux, qui nous fait un peu dieux nous-mêmes.

—Qu’est-ce que tu marmonnes là encore?

—Rien, rien, n’écoute pas, tu n’as pas besoin de savoir ça, toi non plus, ce ne sont que radotages de grand-père…

dimanche 14 novembre 2010

LAROQUEBROU *-* Foire du Livre


Un lieu unique et des résonances dont la magie faisait vibrer les jouets, un accueil superbe de la part des autorités et des organisateurs, des rencontres forcément inattendues et souvent exceptionnelles!
Alain LARTIGUE auteur particulièrement sensible et compétent découvre les "Jouets rustiques", avant l'ouverture au public.

Ne manquez surtout pas
le site DEJOU, ni le livre d'Alain Lartigue qui est une merveille!

mercredi 3 novembre 2010

Bibliographie affective sur les plantes

Une excellente initiative à encourager!
Jean Marc a réalisé ici une impressionnante bibliographie remarquablement sélectionnée!



lundi 18 octobre 2010

Vertheuil Médoc ¤ La Passiflore ¤ Foire aux Plantes

Une bien belle affiche, toute dans le style des jouets rustiques,
et qui a guidé  vers eux les centaines de personnes
d'un public bien attachant, avec
"La Passiflore"!               
                                                                                                                               

mercredi 13 octobre 2010

Laruns - Fête du fromage - Hera deu Hromatge

Un bien beau témoignage!

Et cela d'autant plus qu'il constitue une vraie surprise: inattendu, gratuit, désintéressé...
Venu de l'une de mes voisines de stand, membre de la bien sympathique équipe de la "Route du Chabichou".
Que de bons et vieux souvenirs de Parthenay, évoqués en cette occasion, au coeur des Pyrénées...
Un très grand merci, Colette!

mardi 14 septembre 2010

Le Campestral d’Aureville est de retour!

Avec les JOUETS RUSTIQUES aussi.


Alors, on se voit là-bas?

samedi 11 septembre 2010

PUJOLS se livre

Venez donc faire un tour!
Je vous y réserve une petite surprise...

Ciel noir au Céfran
Avec le chaleureux compagnonnage de:
http://libre-label.izibookstore.com/produits

samedi 28 août 2010

Don Quijote de la Mancha

Juste une image de mon Saint Patron préféré, au Soleil de l'Eté!

Et vous pouvez le voir évoluer au gré du vent, ici:

video

samedi 24 juillet 2010

Rencontre internationale des amis des ludothèques sur roues

Une bien belle initiative!
Ne la manquez pas!


"Rencontre internationale des amis des ludothèques sur roues, camping de Vercheny dans la Drôme (près de Die) les 27, 28 et 29 aout 2010.

Chacun est acteur de cette rencontre en partageant ses expériences, sous différentes formes (panneau, diaporama, atelier, débat) ce qui permettra de vivre une rencontre conviviale et ludique seul, en couple ou en famille, valoriser et échanger sur des expériences ou des projets ludiques itinérants, mutualiser des moyens autour d'un réseau qui soutiendrait des initiatives liées au jeu, partager une expérience la plus écocitoyenne possible."
RENSEIGNEMENTS ET INSCRIPTIONS :
amisludosuroues@gmail.com

Voyez ici aussi : ALF

vendredi 2 juillet 2010

POUPÉES DE MAÏS

Les poupées, ça n’a jamais été vraiment ma spécialité ! Vous vous en doutiez ? Pensez, de mon temps, un garçon avec une poupée...
Et cependant –ça va en surprendre quelques-uns- la moitié des enfants sont des filles et, malgré les efforts des féministes, les filles restent encore parfaitement sensibles à cet objet millénaire. Est-ce par hasard qu’en latin « pupa » signifie à la fois fillette non pubère et poupée, tout comme en grec le mot « koré » ? On a peut-être tendance à trop facilement l’oublier ?
Quoi qu’il en soit, les ateliers « poupées » sont toujours fort appréciés, n’en déplaise à nos « chiennes de garde ».
Voilà pourquoi je me penche en ce moment sur le sujet.

J’ai ici deux thémes de recherche : les modèles de poupées de maïs, avec les techniques de fabrication, et le maïs en tant que plante.
Etant donné qu’en cette saison, fin juin, les maïs sont encore tout petits, j’ai essayé les feuilles de canne de Provence. J’ai bien réussi à faire quelque chose, mais cela ressemble plus à de vilaines figurines vaudou qu’à des poupées pour des fillettes...
Il faut dire que les feuilles de canne, même toutes jeunes, sont raides, filandreuses et dures, et surtout qu’elles se fendent trop facilement sur toute leur longueur.
En attendant que les feuilles du maïs grandissent encore un peu, nous nous intéresserons à cette étrange végétal.

Lorsque Christophe Colomb débarqua à Cuba, en 1492, il repéra une plante sacrée que les habitants de l’île nommaient « ma-hiz », qui signifie « celui qui soutient la vie ». Cette plante était déjà cultivée sur tout le continent, et de là lui vient son nom.
Il s’empressa d’en rapporter en Europe où les gens se mirent à la cultiver et à la consommer en abondance. Mais, malheureusement il ne savait pas que, pour consommer le maïs, les Amérindiens le faisaient cuire dans l’eau de chaux ; cela se nomme la « naxtamalisation ». Il en résulta une épidémie de pellagre, maladie de carence vitaminique qui décima les populations, dans un premier temps.
Pour commencer, il convient de rappeler un fait extraordinaire : le maïs est la seule plante qui n’a jamais existé à l’état sauvage : elle est exclusivement une production humaine, et sans l’homme elle ne survivrait pas.
Dès le départ de son existence, le maïs est donc... un OGM ! Une sacrée prédestination...

Bien entendu, pour « fabriquer » le maïs, les hommes ne sont pas partis de rien, comme le font les dieux ! La plante qui, encore aujourd’hui fait débat, en tant qu’ « ancêtre », est le téosinte.
Le nom « téosinte » provient du nahuatl « teocintle », qui signifie littéralement ‘grain’ ‘divin’ ou ‘des dieux’.
Ce nom nous renseigne déjà sur l’origine géographique de la plante, ou au moins sur l’endroit où elle a été d’abord repérée : le Mexique. Et, par la même occasion il pose le problème récurrent et non résolu de la racine « téo » ou « théo » qui a le même sens de ‘dieu’ dans les langues de l’ancien Mexique et... en grec ancien !
Extérieurement, le téosinte et le maïs présentent des différences importantes qui semblent les rendre incompatibles; par exemple le premier est constitué de graines détachables enveloppées dans une capsule très dure, alors que le second comporte des grains nus et non détachables spontanément.
Et, cependant, cinq gênes seulement les séparent : un peu comme le singe et l’homme !

Le peuple huichol ou wixarika est implanté au Mexique dans la Sierra Madre Occidental.
C'est un des peuples du Mexique qui a su le mieux conserver sa personnalité, que ce soit face aux conquistadors espagnols ou aux dégats de l’ « américanisation » -alors que ce sont eux les véritables américains-, et de la mondialisation. Pour combien de temps encore ?
Ce peuple semble être le porteur des traditions les plus anciennes concernant le téosinte et sa transformation en maïs. D’ailleurs, c’est sur l’un de ses territoires, la Sierra de Manantlán (Jalisco), que subsistent les derniers plants originels de « zea diplopernnis », autrement dit de téosinte. Et il conserve de bien belles légendes. Par exemple celle-ci :

« Les Huicholes étaient fatigués de manger des choses qu'ils n'aimaient pas. Ils voulaient quelque chose qu'ils pourraient manger tous les jours, mais de façons différentes.
Un jeune Huichol entendit parler du maïs et de ses fameuses recettes : des « tortillas », des « chilaquiles » et la soupe de tortilla que l'on préparait avec cette céréale. Mais le maïs se trouvait très loin, de l'autre côté de la montagne. Cela ne le découragea pas et il se mit en marche
Au bout de peu de temps il vit une file de fourmis et, comme il savait que certaines d'entre elles étaient les gardiennes du maïs, il les suivit. Mais quand le jeune s'endormit, les fourmis, sans aucune gêne, dévorèrent tous ses vêtements, le laissant seul avec son arc et ses flèches. Sans vêtement et affamé, le Huichol se mit à se lamenter. C'est alors qu'un oiseau se posa sur un arbre proche. Le jeune pointa son arc vers lui, mais l'oiseau le réprimanda et lui dit qu'elle était la Mère du maïs. Elle l'invita à la suivre jusqu'à la Maison du Maïs où elle l'autoriserait à prendre tout ce qu'il cherchait.
Dans la Maison du Maïs se trouvaient cinq belles demoiselles, les filles de la Mère du maïs : Mazorca Blanca, Mazorca Azul, Mazorca Amarilla, Mazorca Roja et Mazorca Negra.
Mazorca Azul le charma par sa beauté et sa douceur. Ils se marièrent et retournèrent au village huichol. Comme ils n'avaient pas encore de maison, ils dormirent un temps dans un lieu dédié aux dieux. Comme par enchantement, la maison des nouveaux mariés se remplissait chaque jour d'épis qui la décoraient comme des fleurs. Les gens venaient de toutes parts car Mazorca Azul leur offrait des épis à pleines mains.
La belle épouse enseigna à son mari à semer le maïs et à entretenir les cultures. En apprenant quels délices offrait ce nouvel aliment, les animaux tentèrent de le dérober. Mazorca Azul enseigna aux gens à placer des feux autour des cultures pour effrayer les bêtes à la recherche d'épis tendres.
Les Anciens racontent que Mazorca Azul, après avoir enseigné tout ce qu'elle savait, se moulut elle-même et c'est de cette façon que les hommes connurent l'excellent « atole », une boisson chaude que l'on prépare avec des grains de maïs. »

La légende nous parle de cinq belles demoiselles, les filles de la Mère du maïs : Mazorca Blanca, Mazorca Azul, Mazorca Amarilla, Mazorca Roja et Mazorca Negra. C’est un premier enseignement : en ce temps-là, sans doute bien avant l’arrivée des conquistadors espagnols, le Huichols connaissaient déjà les principaux hybrides du maïs !
De plus, en faisant choisir par le jeune homme Mazorca Azul, le conte nous donne un autre enseignement : le maïs bleu est le plus sacré de tous, car c’est le plus nourrissant.
D’autres versions affirment que le jeune homme a épousé les cinq jeunes filles, et c’est sur ce mythe que se fonde la polygamie des Huichols, limitée à cinq épouses.
Certains présentent seulement quatre hybrides, comme cela apparaît illustré dans une composition caractéristique de ce peuple, constituée de laines et de petites perles collées sur un support enduit de cire :
On peut y observer :
a/ Une marmite pleine de « tortillas » (galettes de maïs)
b/ Une gourde remplie d’ « atole » (boisson chaude à base de farine de maïs)
c/ La mère du Maïs
d/ Le jeune Huichol
e/ Les couleurs du maïs
f/ Les filles

Les légendes sont au fond des enseignements qui prennent la forme de récits capables de frapper des imaginations structurées sur la base de la pensée magique et du sacré.
En effet, plusieurs informations déterminantes sont présentées dans cette légende, ou ce mythe : le maïs est une plante qui conditionne la survie entière du peuple concerné, à tel point que les Mayas se considèrent « hommes de maïs », à tous les sens du terme, ce qui les structure entièrement aussi bien sur le plan individuel que collectif ; ensuite, le maïs est une plante fragile et instable : il convient de la soigner avec une particulière attention et, enfin, la sélection progressive se fait à partir des grains bleus.
Très récemment, des recherches scientifiques ont mis au jour un surprenant mécanisme de sélection du téosinte vers le maïs.
Nous avons vu que seuls cinq gênes différencient les deux plantes, or il se trouve que, dans des conditions particulières, la mutation génétique se fait spontanément.
On a observé que, sur des sols richement chargés en métaux lourds qui produisent des radicaux libres (argent, cuivre), la synthèse des anthocyanes, les pigments bleus (du grec « anthos » = fleur, et « khuanos » = bleu sombre) s’accélère considérablement. En effet, les radicaux libres sont capables de produire des scissions dans le matériel génétique. Et comme il n’y a que cinq gènes de différence avec le maïs...
Des expériences ont été réalisées,
qui confirment le phénomène : la synthèse des anthocyanes augmente lorsque la plante est en situation de stress !
Par sélections successives, on obtient des concentrations de plus en plus grandes et, du point de vue nutritif, cela revêt une importance capitale, car les grains bleus sont les plus riches en amidon et aussi en antioxydants.
Il s’agit bien là d’un secret vital pour la population. Découvert par de longs efforts d’observation des chamans, « révélé » par les plantes ou les esprits dans des « états modifiés de la conscience » par le « peyote », car ces populations vivent avec les plantes dans une intimité impensable pour nous, ou transmis par des « extraterrestres » comme le pensent certains ? Allez savoir...
De plus, ces mutations s’avèrent être plutôt durables et transmissibles à la plante mère, par rétroaction.

Les premières traces archéologiques du maïs au Mexique remontent à 8 000 ou même à 9 000 ans, c’est à dire à l’époque de la transition entre pastoralisme et agriculture. C’est le problème de l’oeuf et de la poule, mais il semble bien que cette grande mutation socio-économique soit contemporaine de celle du téosinte en maïs.
Les grandes mutations, qu’elles soient sociales ou individuelles sont toujours sources de troubles potentiels et, dans les temps anciens, la
Cela fut le cas lors de l’introduction du noyer et de la noix dans la Grèce ancienne: la noix fut alors nommée « nux juglans » -noix de Jupiter- ou « caryon basilicon » -noyau royal- . Et ce fut la petite Carya réelle ou mythique, qui fit les frais du sacrifice. On institua pour la circonstance un culte à Artémis Cariatis, et on donna son nom aux cariatides. Curieusement -ou non !- on retrouveexactement la même démarche dans la conceptualisation du nom « teocintle » et la création d’une divinité du même nom!
Chcicomecoatl est la Grande Déesse du Maïs ; son nom signifie Sept (chicome) Serpents (coatl).
Avant l’arrivée des Espagnols, de grandes festivités lui étaient consacrées, au cours desquelles les grands prêtres revêtaient les peaux des prisonniers de guerre sacrifiés la veille. Une jeune femme soigneusement choisie était chargée de représenter la déesse Chicomecoatl ; elle était vêtue et choyée comme telle et, le lendemain matin, point culminant de la fête, elle était sacrifiée, avec quelques prisonniers, afin d’assurer la fertilité aux champs de maïs et la prospérité du peuple Mexica.
On voit bien ici très exactement la trame du sacrifice ritualisé du bouc émissaire, avec toutes ses composantes et tous ses objectifs !
Les divinités du maïs Centéotl et Chicomecoatl sont souvent présentées comme androgynes, ce qui confirme encore le schéma sacrificiel de ce culte.
Aujourd’hui, de nouvelles mutations génétiques sont en train de produire les bouleversements et les troubles que l’on sait.
Les Huichols s’en remettent à leurs déesses Teocintle et Chicomecoatl, en perpétuant autant que possible leurs fêtes et rituels propitiatoires, pour tenter de se préserver de la disparition annoncée, par contagion, des anciennes plantes natives. Il en va de la survie du téosinte et de l’identité même de leur peuple.
Y arriveront-ils, ou faudra-t-il créer de nouveaux dieux, d’autres mythes et d’autres rites pour canaliser tout cela ?


Je crains bien que mes futures poupées de maïs n’y puissent rien, même si elles sont belles comme des déesses huicholes.

mercredi 23 juin 2010

JOUETS DE TOUJOURS


Ça y est ! C’est parti !
Allez-y dès maintenant, et sans modération : il reste tellement peu de choses de nos jours que l’on puisse déguster sans modération...

Ostal del libre - découvertes occitanes
edicion e difusion de produchs culturals occitans
association 1901, agréée Jeunesse et Education populaire
32 Cité Clair Vivre, BP 602
15006 AURILLAC Cedex

tél : 04 71 43 33 69
fax : 04 71 48 93 79
courriel : ostal.del.libre@cegetel.net
http://ostal.del.libre.cantalpassion.com

mercredi 16 juin 2010

Bienvenue aux " Jeux de la Terre"


Une bien belle initiative d'Anne!
Allez-y vite! C'est ICI.

Vous y trouverez toutes les belles réalisations que vous souhaitez acquérir ou que vous aimerez offrir.

lundi 14 juin 2010

LAÀS * FESTIVAL DE CANNE[s]


Un mémorable concert de mirlitons et de voix béarnaises!


Une création pour le Festival de 2010.

mercredi 26 mai 2010

FÊTE DES SIMPLES


Si vous passez par là, ou mieux, si vous pouvez vous y rendre, voici un rendez-vous à ne pas manquer, avec des gens compétents qui vous (ré)apprendront à dialoguer avec la Nature et à l'aimer !
C'est à Plounéour Ménez.
Cliquez ICI.

lundi 17 mai 2010

¡ ¡ Une bien bonne nouvelle ! !



Pas une minute à perdre!
Clic ici

Journées à FIGUERES: Les Jeux dans l'Histoire

Una magnífica página sobre juegos y juguetes:
Une magnifique page sur les jeux et les jouets:
Una magnífica pàgina sobre els jocs i les joguines:
Una magnifica pagina suls jòcs e los joguets:
Um excelente site sobre o jogo e brinquedos:
Ben jugat! Biel Pubill


Els Jocs en la Història
Moltes gràcies, Biel, per haver-me ofert l'honor d'intervenir en la vostra Festa de la Joguina, a tot l'equip organitzador per l'entranyable acollida, i al públic tan receptiu.
Gràcies per la ressenya tan elogiosa però immerescuda que poses en el teu blog.
Heu sabut entendre meravellosament el que estic fent.
Una abraçada a tots.

dimanche 16 mai 2010

POIESIS LÚDICA Y VERBAL


Le sistre de l'enfant dieu Ihy, avec la Vache Hator.


Llama la atención la cantidad de juegos y juguetes arquetipales cuyos nombres están vinculados con términos característicos de lo sagrado. ¿Se puede uno preguntar por qué? ¿Y tratar de proponer una respuesta?

La poiesis es una acción que consiste en realizar un objeto artificial en función de un saber. Veremos cómo el juego y el juguete son poiesis. Cultura inmaterial y cultura material.

« Todo lo que vive es redondo », dice mi viejo amigo Pierre Dumont. Y se puede añadir que todo lo que es redondo es sagrado. El círculo: la figura perfecta de matemáticos, religiosos y esoteristas: la que no tiene ni principio ni fin...
Empezaremos pues por el ‘cércol’ en catalán, cerceau en francés, aro en español.
Las palabras cércol y cerceau derivan del latín circulus, y éste ultimo procede de circus, que designa a la vez el ‘círculo’ y el ‘circo’.
Circus deriva del griego kirkos (Κίρκ), directamente vinculado a kirké, (Κίρκη), de donde procede ‘Circe’, la hechicera de la Odisea, hija de Helios, redondo éste, a su vez.
¿Cuál ha sido el devenir de kirké, en alemán y en inglés? ¡ Kirche y church, que significan ‘iglesia’!
Circo e iglesia: el mismo origen. ¿Y el mismo combate? Posiblemente. Y ¿contra qué?

Veamos ahora los dados de jugar, en latín alea.
En la expresión « Alea iacta est », el término alea ha conservado el significado de ‘suerte: ‘la suerte está echada’. En efecto, echar los dados es dar la palabra al azar, que es el otro nombre de Dios o de los dioses, en el pensamiento mágico.
Notaremos que Alea es uno de los nombres de Minerva, diosa de la sabiduría y de la guerra, nombre de doble carga semántica contradictoria, siendo esta característica una de las marcas más señaladas de lo sagrado.

¿Y el juego de la Oca?
Todos sabemos que el juego de la Oca es un laberinto iniciático.
Su origen es posiblemente el mehen o “juego de la serpiente”. En el Antiguo Egipto, Mehen era el Dios Serpiente, protector del Sol en su periplo nocturno. Parece ser que el premio para el ganador era un pasaje en la barca del Sol, para así renacer como él, después de su muerte.
El juego del mehen constaba de una serpiente enroscada sobre sí misma, troceada en muchas secciones y los jugadores utilizaban peones para avanzar hacia la salida que era ... ¡el pico de la Oca solar!
El ave y la serpiente: el mismo símbolo iniciático que el dios Quetzalcóatl (la “Serpiente emplumada”).
Por otra parte, el Camino de Santiago está jalonado de municipios que llevan el nombre de Oca o Ansar, que son sinónimos, y según una periodicidad que recuerda la de las Ocas en el juego. Y bien se sabe que el Camino de Santiago es en realidad un recorrido iniciático, de la vida hacia la muerte simbólica, a la ida (del Sol naciente hacia el Sol poniente), y de la muerte hacia la vida, a la vuelta: el renacer después de la iniciación.
Además, pienso que la Oca es un animal “trinitario”, ya que se mueve en tres ámbitos: la tierra, el agua y el aire, de ahí su carácter sagrado de pontifex, o sea de puente intermediario entre la Tierra y el Cielo.

El rombo, también llamado bramadera, zumbador o churinga, etc., es un buen ejemplo de instrumento ritual “venido a menos”.
Claude Lévi Strauss, en su libro “Triste tropiques” (1955), lo presenta en su entorno original: cuenta cómo los bororos de Amazonia utilizan unos ejemplares que miden de treinta centímetros hasta un metro cincuenta, asegurando que el ruido que producen es la voz de los espíritus que visitan al pueblo. Añade que a las mujeres les está terminantemente prohibido ver dichos rombos bajo pena de una buena paliza.
No olvidemos los “bull-roares” de los aborígenes australianos, ni similares artefactos que fueron hallados en yacimientos prehistóricos, de hueso éstos últimos.
Para corroborar la experiencia de Lévi Stauss, también podemos acudir a unos autores más antiguos, por ejemplo Clemente de Alejandria (150 – 215) que describe ciertos “juguetes” de Dioniso niño, llamados “rhombos”, lo que significaba “ruedas mágicas”, y que se utilizaban en diferentes ritos divinatorios.
Además, el rombo está vinculado a la “vesica piscis”, de donde salen las mandorlas.
El rombo, supuestamente destinado a convocar a los espíritus o a los dioses, en realidad servía para exorcizar miedos sobrenaturales de diversa índole y para tranquilizar al pueblo.

La historia de la palabra francesa cerf-volant, en español ‘cometa’, es muy reveladora de la pérdida de las raíces culturales del juego y del juguete, y de paso, de los propios orígenes lingüísticos.
En efecto, esta denominación, aparece en 1669, es decir 34 años después de la fundación de la academia francesa por el Cardenal de Richelieu... De manera totalmente infundada, en ella surge el ciervo o venado (cerf en francés); en realidad, procede del occitano sèrp-volaira o serp-volanta que significa ‘serpiente voladora’. Esta etimología es coherente con el nombre de este artefacto en diferentes idiomas: en ruso, se llama Змей (pronunciado «zmiei»), palabra que también significa ‘serpiente’. En búlgaro el mismo vocablo quiere decir ‘dragón’.
Si acudimos al castellano, encontramos ‘cometa’ (en femenino). Pues bien, la palabra raíz, en griego, es κομήτης (cometes), que significa cometa como sustantivo y peludo, como adjetivo.
Es evidente que el cerf-volant, la cometa, es un instrumento mágico, utilizado para exorcizar el supuesto maleficio representado por el cometa, y por eso adopta su misma forma, de cabellera, de dragón o de serpiente, según la visión que tiene del cometa la civilización concernida.

Sistros, carracas, crótalos, sonajeros...
¡Gran familia, ésta, de los idiófonos!
¿Instrumentos de culto o de música sagrada, soportes de magia, juguetes?
¿Y si fueran todo eso, a la vez?
Los primeros sistros aparecen probablemente en el Antiguo Egipto, o en Oriente, unos miles de años antes de Jesucristo.
Existían en Egipto dos tipos de sistros: el sakhm o sajm, constituido de una caja de resonancia con anillos metálicos, y el saischschit, formado por la cabeza de la Vaca Hator con sus cuernos entre los cuales estaban fijados varios discos metálicos, ensartados sobre unos hierros.
La utilización de aquellos sistros era estrictamente sagrada y ritual: se reservaba a las mujeres y a Ihy el niño dios, y eso durante las danzas y los cantos en honor a la diosa Hator.
Posteriormente, los coptos los adoptaron como instrumentos rituales.
Otros idiófonos similares coexistían con el sistro: címbalos, campanillas de bronce, así como unos collares musicales constituidos de un par de crótalos y pequeños címbalos.
El menat egipcio era un gran collar de perlas que se utilizaba como carraca.
Y es que la carraca, que es de la familia de los sistros, tiene una larga y compleja historia...
Las primeras, en manos de hombres prehistóricos, fueron posiblemente intercesoras en la comunicación con el dios del trueno y del rayo, cuya “voz” seca y crepitante imitaban, en un afán de apaciguar su ira.
Desde el origen, su papel fue alejar o exorcizar peligros y maleficios; es así como los judíos las utilizaron para borrar de la Historia el recuerdo de su enemigo Haman, tocándolas ruidosamente durante la festividad de Purim.
Y los cristianos no se quedaron atrás en las practicas mágicas, ya que hace poco todavía, en Semana Santa se tañía el ‘matracón’, oyéndose el ‘matraqueo’, supuestamente para sustituir a las campanas de viaje a Roma, como se les cuenta a los niños en Francia, pero en realidad para fustigar a los judíos culpables de haber matado a Jesús. En algunos pueblos, por ejemplo en Villafáfila (Zamora) o en Villaroya de la Sierra (Zaragoza), era el momento llamado “matar judíos”...
El propio sonajero no se libra de la magia: era tradición incluir en él siete guijarros o semillas, con el fin de que el niño, al agitarlo, alejara de sí los siete pecados capitales.

¿Quién se atrevería a decir que el columpio es tan sólo un inocente juego de parques infantiles?
En griego, columpio se dice αίώρα, (aiora) y este vocablo designaba antiguamente todo lo que sirve para colgar en el aire, la cuerda para ahorcarse, el columpio, la hamaca, una vasija colgada en un templo o cerca de una tumba, la parra (es decir la vid) o el vuelo de un pájaro, etc.
En Atenas, las αίώραι (aiorai) eran fiestas en honor de Erigone. Y, ¿qué nos dice la mitología? Nos dice que Erigone se suicidó, ahorcándose, al ver que su padre había sido asesinado por unos vecinos a quienes había enseñado a beber vino, y que, en conmemoración de esta muerte, las muchachas se balanceaban en unos columpios, durante las dionisiacas fiestas de las vendimias.
¿Un rito de purificación? ¿De exorcismo, de sustitución a un sacrificio humano? Con toda probabilidad. Y también un rito de vértigo, el “ilynx” de Roger Caillois, rito asimismo de fertilidad y de transgresión sexual, como se ve en el cuadro de Fragonard (1767), “L’escarpolette”...

La muñeca.
No sorprenderá a nadie que en esta charla hable de la muñeca —en francés poupée, en alemán puppe, o el inglés puppet (títere, marioneta)—, palabras éstas últimas derivadas del latín pupa, ni que en griego antiguo, muñeca se decía κóρη. (‘kore’).
No descubriré nada diciendo que tanto pupa en latín como kore en griego significaban a la vez « niña » y « muñeca ».
Lo que me interesa aquí, es que la niña romana ‘pupa’, al llegar a la pubertad, entregaba su muñeca ‘pupa’ a Venus.
¿Qué nos puede enseñar esta confusión semántica ? ¿Qué la niña era una muñeca, o que la muñeca era una niña ?
Creo que las dos cosas a la vez : en el momento de la pubertad —o de la iniciación—, se realiza un sacrificio ritual: muere la niña para que nazca la mujer. Morir para crecer. Aparecen aquí las dos caras de la violencia de lo sagrado : ritual, a través de la muerte de la niña, e institucional en el mito religioso gobernado por Venus.
Más adelante, la muñeca será para la mujer adulta un soporte ritual capaz de reinicializar lúdica y simbólicamente los beneficios del sacrificio fundador de su identidad sexual y social.

El papel ritual y social del juego.
Todos los ejemplos referidos tienden a probar la intimidad de los vínculos existentes entre el juego y los juguetes por una parte, y la magia y lo sagrado por otra.
En este punto, no podemos pasar por alto una definición de “lo sagrado”.
Por favor, dejemos a Dios tranquilo, y digamos que lo sagrado es ante todo un derivado del sacrificio que preside a la fundación de cualquier grupo humano: “sacrificio” es sacer facere, o sea ‘hacer [que algo sea] sagrado’ .
Del sacrificio fundador brotan todas las Instituciones, los saberes, las reglas sociales, la estructuración de la persona, etc., y por supuesto también el juego, hasta tal punto que Joan Huizinga pudo definir al Hombre como “Homo ludens” en su ya clásica obra maestra.
Sin ahondar demasiado en el tema, porque no tenemos tiempo ni espacio, diremos que la magia, los ritos y lo sagrado son conceptos y prácticas destinados a mantener el orden entre los hombres, luchando contra la peor de las plagas, la violencia, a escala individual y colectiva, siempre dispuesta a manifestarse de forma destructora en los períodos de cambios: el circo y la iglesia.

En nuestro caso, el juego y el juguete son realizaciones artificiales elaboradas en el seno de unos contextos socioculturales determinados. Son poiesis y son ritos.

La conclusión a la que llegamos, es que el juego, en un principio, no es un juego sino un rito plenamente implicado en el mantenimiento del orden, a condición que se inscriba, eso sí, en un mito coherente.

Y el caos empieza cuando ya no hay mito, el mito no funciona, o es una insensatez como lo son la mayoría de los que imperan hoy en día...
Antes de su iniciación, el niño vive en un espacio-tiempo « sagrado », es decir regido por la violencia pre-sacrificial, y por lo tanto exento de los tabúes de los adultos; así es como tiene libre acceso (lúdico y pre-iniciático) a los objetos de los cultos rituales. Vive en « plural », gobernado por las reglas que rigen este plural, puesto que sólo adquiere su individualidad adulta a través de la iniciación. —Notemos, a este respecto, que en los idiomas el plural es filogenéticamente anterior al singular.—
Hoy en día, a falta de mitos y de ritos iniciáticos coherentes, la gente vive en el caos de la violencia pre-sacrificial, es decir no institucionalizada. El rechazo de las reglas, sean sociales, del juego o de la ortografía, tanto los desbordamientos en los estadios como la ludopatía, son en realidad una vana tentativa de llamada al sacrificio que haría “reset” en lo colectivo y lo individual.
¿Será que ya se agotó la eficacia de los juegos de estructuración violenta del orden (los dioses y las religiones, las patrias, las guerras, etc.) y que llegó el tiempo de poner en marcha el juego de la solidaridad y del amor?

mercredi 5 mai 2010

"VOYAGEURS EN TRANSIT"

Une fois n'est pas coutume: nous allons nous éloigner un moment des jouets et des jeux avec une lecture qui sort de l'ordinaire:


"Ce livre, écrit d'une façon très simple et agréable, ouvre la boite de Pandore... et en l'ouvrant nous trouvons, avec une grande surprise, face à une vision de la mort différente de celle qu'on nous a racontée: plus simple, pleine d'espoir et méme agréable. Après une confrontation, dans la pratique médicale quotidienne, avec le processus de la mort, et à partir d'une expérience proche de la mort vécue personnellement, le docteur HERASO à fait des recherches des années durant sur ce sujet, dont les conclusions, rapportées dans ce livre, dévoilent qu'il y a beaucoup de tabous et de fausses vérités dans les enseignements que nous ont été transmis, générant des peurs et des angoisses, dans beaucoup de cas rentables pour ceux qui se dressent comme intermédiaires entre nous et tout le processus de la mort. D'après les personnes qui l'ont lu, ce livre transmet une sensation de soulagement et de paix, en attendant qu'on devienne des VOYAGEURS EN TRANSIT... "

Vous pourrez vous le procurer ICI:

BONNE LECTURE!

Et pour refaire le lien avec le ludique:
La vie n'est-elle pas un jeu qui consiste à apprendre à mourir? Ce qui veut dire que ce n'est pas forcément triste!

samedi 10 avril 2010

La famille Zozio



Saint Maximin-La Sainte Baume..., la barre montagneuse de calcaire qui surligne de blanc, là-bas sur l’horizon, le mythe de Marie-Madeleine, la légendaire épouse du Christ ; les touches sombres des pins parasols parmi les verts délicats du printemps, le Sud méditerranéen, l’immense basilique inachevée qui, ventre en l’air, s’ébroue complaisamment sur la ville... que de cartes postales !
Et puis les amis : les présents et l’absent, celui qui nous a si tôt quittés, et tant d’autres visages maintenant familiers dont on confond parfois les noms mais pas la joie ni les sourires...

Aujourd’hui de retour, je retrouve une modeste poignée de pommes de pins pignons, les plus charnues, collectées à l’occasion des pauses sur l’autoroute, et soigneusement rangées au fond d’un bac à jouets.
Le moment est venu, pour exalter ces souvenirs, de fabriquer quelques petits oiseaux, à la manière d’un autre ami, João Pinto, portugais celui-ci.
J’ai en effet eu la surprise, voici quelques mois, de recevoir une invitation venue du Portugal, de la part d’un inconnu, João Pinto Vieira da Costa, à une exposition de ses magnifiques réalisations, chez lui, à Vila Real.
Nous avons fait depuis plus ample connaissance, et nous avons échangé nos livres. Le sien, où il m’a fait l’honneur de me citer en bibliographie, s’intitule « Flora de brincadeiras », ce qui signifie « Flore de jouets ». Il constitue une approche vraiment originale du sujet: présenter les jouets traditionnels de sa région, au nord de son pays, à partir des végétaux qui servent à les fabriquer.
On réalise ces oiseaux avec des pignes rongées par les écureuils. N’en ayant trouvé aucune au cours de ce voyage, ou alors entiérement dévorées, j’utiliserai des pignes entières que je devrai dépouiller de leurs bractées et toiletter moi-même.
Je dis « réaliser » ces oiseaux, et je devrais dire « créer ». Prétention d’artiste « créateur » ? Non, absolument pas !
Je dois me rendre à l’évidence : tous ces oiseaux, posés en file sur mon étagère, me regardent maintenant d’une étrange manière...

Voyons un peu cela.
Arracher les bractées est un travail assez fastidieux, car, constituées de grosses fibres particulièrement résistantes, elles se refusent à l’arrachage. Il faut utiliser pour cela des pinces à bec de cigogne, saisir l’écaille et la torsader ; des fibres blanches restent encore en place, mais c’est un plus, car elles seront idéales pour figurer les plumes. Et, comme le font les écureuils, on laissera en place les écailles de la pointe pour figurer la queue.
Il conviendra ensuite de regarder la pigne sous tous ses profils, à contre-jour, —au passage nous remarquerons que les bractées sont disposées en spirales— et déjà « voir » où sera le bec.
« Où sera le bec » ? Non : où il est déjà !
Nous avions entre les mains un ‘vulgaire’ pigne, décrochée de l’arbre par un écureuil ou simplement tombée de son propre poids sur un lit d’aiguilles, destinée à redevenir poussière comme chacun d’entre nous, et voici que soudain un oeil, le mien, le vôtre, y voit une tête et un bec, comme faisait Michel-Ange qui avait déjà la vision de sa future statue dans la masse du bloc de marbre...
C’est quoi, créer ?
Est-ce apporter une « vie », conçue comme une composante extérieure d’une autre nature que lui et qui le transcende, à un amas de cellules ou d’éléments inertes, comme l’électricité qui donne « vie » à un ordinateur, ou bien est-ce « révéler », « actualiser » des potentialités déjà présentes dans cet amas ?
Et si, dans chacune des millions de pignes qui jonchent le sol des bois de Provence, « dormaient » de petits oiseaux qui n’attendent qu’une main, celle de leur « créateur » ?
On pourrait se dire qu’avec telle ou telle pigne on peut faire n’importe quel oiseau ; eh bien, non ! La forme est déjà présente, grassouillette ou maigrichonne, gibbeuse ou bien plantée, et l’emplacement du bec —il n’y en a qu’un seul qu’il ne faut pas rater— arrogant, agressif ou débonnaire.
La sculpture de l’ensemble se fait au couteau —ou à la ponceuse, mais ne le dites à personne !—. Elle consiste à révéler la forme, surtout celle du bec qui naîtra de celle des bractées qui était juste au bon endroit.
Pour le toilettage on utilisera la pince coupante ou la pince à ongles.
L’oiseau a maintenant révélé son expression corporelle, celle qui était prévue et que l’on ne peut guère modifier. Celle, déjà, qu’avait extraite l’écureuil, innocent démiurge...
Les modèles de l’ami João, au moins les copies que j’en avais faites, me semblaient un peu chauves. J’ai donc opté pour les coiffer d’une aigrette, avec une bractée légère, celle de l’épicéa. Je trouve que ça leur donne un air plus enlevé. Et je compte bien qu’ils m’en soient reconnaissants !

Reste à faire les yeux sur lesquels le « créateur » a tout pouvoir.
N’ayant pas sous la main de petites graines noires des herbes de l’été, j’ai expérimenté plusieurs méthodes : une simple tache d’encre, une grosse goutte de colle noircie lorsqu’elle a séché, et enfin de minuscules rondelles de bois collées et marquées au centre d’une pupille. J’en suis là pour le moment.
Et c’est une grosse responsabilité !
J’ai devant moi, sur mon étagère, ma petite famille Zozio : ils sont tous là à me regarder de manière inquiétante.
Est-ce que les yeux de l’un n’iraient pas mieux à l’autre ?
Est-ce qu’une pupille plus légèrement décentrée, vers le haut, vers le bas ou d’un côté n’exprimerait pas mieux ce que celui-ci veut me dire ?
Ai-je respecté, entre les yeux et l’expression corporelle tout entère, la cohérence du message que celui-là avait pour projet d’apporter dans ce monde, de me dire à moi ou à vous qui le regardez ?

Et maintenant vous me direz : —« Mais, cette « vie » que tu crois lui avoir donnée, elle est tout simplement fantaisiste et imaginaire ! Est-ce qu’il bouge ? Est-ce qu’il chante ? Est-ce qu’il va s’accoupler avec les autres pour te donner des petits ? Est-ce cela, une « vie » ?
A quoi je répondrai : —« Et, au fait, c’est quoi, une « vie » ?
C’est vrai qu’ils « vivent » dans mon imaginaire, et que, d’une certaine manière, ils s’expriment : celui-ci qui promène son oeil sévère sur l’environnement, celui-là qui médite, tassé comme un Bouddha, et tel autre qui s’étonne sans fin d’avoir atterri dans ce monde. Et encore celui qui me reproche de l’avoir mal toiletté, et cet autre mal planté sur ses pattes, et enfin toi que j’ai un peu trop mal « oeillé » ? Vous croyez que je ne vous entends pas ?
Leur vie est-elle en eux ou dans mon imaginaire ?

Et si, en dernière analyse, la « Vie » n’était que le produit d’une imagination ?

mercredi 7 avril 2010

lundi 22 mars 2010

Els Jocs en la història


Benvolguts/des amics/gues:
Aquí està l’enllaç del tríptic amb el programa i la butlleta d’inscripció a la Jornada “Els Jocs en la història: Cultura materia i cultura immaterial en el joc” que es realitzarà a Figueres (l’Alt Empordà) el propers 14 i 15 de maig de 2010.

dimanche 21 février 2010

Passarinho que canta para quem sabe ouvir ...



Em homenagem ao jovem maestro João Pinto,
uma reprodução do magnífico passarinho que publica no seu blog.
Com todos meus agradecimentos, e bem amistosamente.

mercredi 20 janvier 2010

L'innocente boîte de camembert


Quitte à heurter les gourmets et les puristes, je dois avouer que je préfère le contenant au contenu, non que je n’aime pas le camembert, mais parce que je trouve le premier porteur de beaucoup plus de rêve et de créativité.
J’ai cependant de ce noble fromage des souvenirs « épiques », les casse-croûtes iconoclastes de mes vendredis d’étudiant sur le parvis de Notre Dame la Grande, à Poitiers où, avec quelques compères, je me goinfrais de sandwichs bourrés de camemberts périmés, noirs et suintants, achetés en solde au marché voisin, et bien sûr convenablement arrosés de quelque gros rouge qui tache, au grand scandale des bigotes cocassement chapeautées, qui se frayaient entre nous un passage sur le chemin de la prière...
Aujourd’hui, c’est plutôt le noble mais capricieux bois de peuplier déroulé de la boîte qui a mes faveurs, car innombrables sont les jouets que l’on peut faire avec !
Il en va de la boîte de camembert comme du mirliton : étant devenu un de ses plus fervents laudateurs et prosélytes, j’ai voulu en savoir un peu plus sur son histoire.
Riche histoire qui commence par la légende de la madonne du village de Vimoutiers, Marie Harel (1761 – 1818) qui aurait reçu d'un prêtre, pendant la Révolution Française, le "secret" de la fabrication de ce fromage. En effet, l'abbé réfractaire Charles-Jean Bonvoust aurait demandé accueil chez Marie Harel, et il était originaire de la Brie ...
Mais il semble que ce ne soit là qu’une légende, car ce type de conservation du lait était connu bien longtemps auparavant, dans la région.
Il n’empêche : la dame a sa statue dans son village, et aussi dans dautres !
Mais, venons-en à la boîte.
Ce qu’a pu faire le Chemin de Fer !
Vers 1850, deux facteurs déterminants allaient se combiner pour donner naissance à notre boîte : le succès grandissant de la formule de ce fromage local, et l’apparition du chemin de fer qui allait lui ouvrir les portes du monde entier et, d’abord, de la Capitale.
Il faut bien dire que si le transport d’un camembert pouvait aisément se faire dans des paillons, d’un village à l’autre du Pays d’Auge, il en allait tout autrement lorsque les distances et le temps étaient en cause ...
C’est ainsi que de nombreuses tentatives eurent lieu pour mettre au point un emballage adapté au modernisme : du papier fin pour chaque exemplaire, et du gros pour les paquets de cinq, séparés entre eux par des plaquettes de bois ; puis vint l’idée des boîtes, en épicea attribuées à Mr Rousset, ou en peuplier cloué, puis plus tard agrafé, à Georges Leroy. Les toutes premières étaient confectionnées une à une par les femmes des ouvriers de la scierie, le soir à la maison, à partir de longs copeaux cloués sur des cercles déjà découpés.
En 1912, la « dérouleuse », sorte de taille-crayon géant, produisait déjà ces rubans qui n’ont pas changé aujourd’hui.
Notre boîte avait donc atteint sa forme définitive dès les premières années 1900. Plus d’un siècle !
Et, en plus du patron, elle nourrissait de nombreuses familles ; jugez-en par cette sortie des usines Leroy. Observez tous ces enfants au premier plan, habillés en adultes : étaient-ils là seulement pour la photo ou en simple garderie ? Le timbre (Semeuse n° 137, 1907/192O) nous donne la date du cliché : sans doute avant la guerre de 14.

Il ne manquait plus que l’étiquette, support qui exitait déjà depuis le milieu du XIXe, et qui prit aussitôt la forme que nous lui connaissons, en concurrence avec la pyrogravure qui ne l’a jamais supplantée.
Ah ! L’étiquette : c’est elle qui est la mère des « tyrosémiophiles », dont je ne suis qu’occasionnellement.
« Tyrosémiophile » : encore les racines du grec ancien pour dire le monde d’aujourd’hui, même si c’est avec un peu de cuistrerie : « tyro » (tyros) = fromage, « sémio » (séma) = signe, « phile » (philia) = amour. En clair, l’amour des signes du fromage.
La chance pour le bricoleur constructeur de jouets vient de ce que, durant sa conservation et son transport, le camembert a besoin de respirer, ce que seul peut lui offrir le bois, matière vivante s’il en est. Nous sommes donc (encore ?) à l’abri du plastique !
Revenons à la « dérouleuse », cet énorme taille-crayons qui, de sa lame surpuissante « déroule » effectivement les troncs, comme s’il s’agissait d’un rouleau de papier, et d’où il sort une interminable feuille d’environ 1 mm d’épaisseur.
La particularité de cette longue feuille, c’est que les fibres du bois se
retrouvent disposées dans le sens de sa largeur. Pour réaliser les bords de la boîte, il convient donc de découper des rubans en travers de la feuille, afin que les fibres soient ininterrompues, sur toute leur longueur. Cette technique assure au ruban une très bonne résistance au cintrage nécessaire à la construction de la boîte ronde.
C’est une particularité que le bricoleur devra savoir observer et dont il devra tenir le plus grand compte dans sa pratique. L’expérience montre que les débutants n’en ont pas la moindre idée...
Il s’agit pour nous ici de « désindustrialiser » le bois, c’est-à-dire de retrouver sa morphologie naturelle en « dialogant » avec lui.
D’abord, démonter la boîte. Que de gaspillages n’observe-t-on pas entre les mains malhabiles ! La difficulté consiste à retirer les agrafes sans fendre le ruban sur la longueur. On peut utiliser la pointe du couteau pour ouvrir les agrafes par l’intérieur, mais le plus efficace et sûr est de couper ces agrafes, de l’extérieur, au niveau du pli, avec des pinces coupantes. Ensuite, pour couper par le travers, les ciseaux font merveille.
Toutes les pièces qui seront découpées, aux ciseaux ou à l’emporte-pièces avec le fer rouge, devront l’être en alignant la longueur de ces pièces sur le sens de la longueur des fibres. S’il est nécessaire de renforcer les objets découpés, par exemple les pales du « moulin camembert », il suffira de les enduire de colle à bois qui devient ensuite transparente et respecte à la fois l’aspect et la couleur du bois.
Une intéressante coincidence fait que l’épaisseur de ces rubans de bois correpond à celle d’un scie à métaux, ainsi, par exemple, les oreilles de la souris peuvent-elles être directement encastrées et maintenues sans colle dans la coquille de la noix.


Innocente, la boîte de Camembert, disais-je ?
Oui, certainement, si l’on considère qu’elle accepte généralement sans trop rechigner d’être abandonnée, après son premier et unique voyage, même au tri sélectif...
J’en vois une, ici sur ma table, rustique à souhait, un peu « brute de décoffrage », légère, aérée, robuste : un chef d’oeuvre !
Mais, au fond, n’est-elle pas si merveilleuse par la seule magie du regard que l’on porte sur elle, comme le sont tous les êtres aimés ?

mercredi 13 janvier 2010

Jeu et métanoïa



Le concept ancien de «metanoïa» avait déjà été monopolisé depuis longtemps par les religions, spécialement celles issues de la Bible qui l’ont traduit par ‘pénitence’ ou ‘repentance’, termes chargés de dolorisme, de culpabilisation et d’aliénation à qui a le pouvoir de guider les fidèles, «Dieu» ou ses «représentants».
Récemment, il vient d’être récupéré par les «coachs» de l’entrepreunariat : une sorte de conversion aux nouveaux dieux du consumérisme, du business et de la financiarisation !
Sommes-nous tombés de Charybde en Scylla ?

Pour s’en faire une idée, il nous faut réapprendre à penser, tenter de récupérer un peu du temps et du sens perdus, par exemple depuis Eratosthène (276 – 194 Av. J.C.) qui avait su mesurer avec une étonnante précision le diamètre de la Terre, avant que sa découverte ne soit étouffée pour presque 2000 ans, par les divers obscurantismes...
Mon propos, ici, serait d’abord de revenir aux origines, puis de réfléchir à ce que ce concept ancien pourrait avoir de commun avec le jeu, et le jouet, bien sûr, et plus généralement avec l’ordre social.

« Métanoïa » est, comme chacun l’aura deviné, un mot grec ; de cette Grèce Ancienne qui a fourni les meilleurs outils de notre pensée, en Occident et même ailleurs.
Il est composé de deux parties : « meta » et « noia », que nous étudierons d’abord séparément, puis dans leur synergie.
La préposition « méta » signifie ‘avec’, en présence du génitif, ‘après’, ‘depuis’, ‘à la suite de’’, ‘à la poursuite de’, avec l’accusatif et ‘entre’, ‘parmi’, ‘dans’, avec le datif.
Utilsée comme préfixe, elle apporte une notion de succession, de changement au mot dont elle prend la tête.
La partie « noia » du mot provient de « nous » dont les sens sont multiples : esprit, âme, intelligence, raison, sagesse, prudence, pensée, avis, sentiment, dessein, projet, sens, signification.
La fusion des deux termes forme une synergie. On pense par exemple à « métamorphose » qui signifie ‘passage à une autre forme’, dans un muvement de transcendance : la chenille qui devient papillon.
Ainsi, la « métanoia » serait un dépassement de toutes les notions listées dans les sens de « nous ». Ce serait l’acte de transcender tout cela, de donner une nouvelle orientation à la vie, non seulement en lui faisant opérer une révolution copernicienne, mais encore en la plaçant sur un plan et dans un ordre radicalement différents.
Mais, quelle nouvelle orientation, et quel plan, quel ordre ? Et pour combien de temps ? Et pour quelle raison ou à partir de quel déclencheur ?
Prenons quelques exemples de ces changements : la « conversion » en est un, conversion à une religion ou à autre chose: politique, écologie, etc. C’est aussi le cas à l’issue d’une « NDE » (Near death experience) ou des rituels d’initiation entre autres.
Certes, on évoque ou on constate parfois qu’un choc émotionnel, esthétique, etc., peut servir de déclencheur, mais je pense qu’au plus
profond de cette démarche il y a l’expérience réelle ou symbolique, ou même imaginée, d’un contact avec la mort.
« Mourir » pour grandir !
La métanoïa n’est pas déclenchée pas par la raison ni par la volonté, mais par certains « électochocs » qui atteignent et « reprogramment » les couches les plus primitives du cerveau, ce que, traditionnellement, on nommait « le coeur ».
L’observation montre que dans ces situations, le changement est, la plupart du temps, irréversible, et qu’il se fait le plus souvent vers la disparition de la peur de la mort, vers le mépris des futilités de la vie et dans le sens de la solidarité envers son prochain.
Exactement l’orientation inverse des modèles et des « valeurs » de nos sociétés actuelles... ! !

On se demandera maintenant : et le jouet, et le jeu là-dedans ?
Eh bien, si l’on considère que le jeu —le jeu digne de ce nom—, est un rite, cela a tout à voir avec la métanoïa, à une bien plus modeste échelle, bien évidemment.

Simplement en apprenant à perdre, et aussi à gagner !